Accuser et défendre: point de vue, responsabilité énonciative, émotion et empathie dans la construction de l’argumentation lors de la plaidoirie orale devant la cour d’assises dans les homicides volontaires contre les femmes
Plaidoirie orale. Tribunal du jury. Émotion. Empathie. Point de vue.
L’homicide intentionnel contre les femmes, en tant que forme extrême de la violence de genre, se caractérise fréquemment par le meurtre de femmes motivé par la haine, le mépris ou un sentiment de possession. Au Brésil, ce phénomène atteint des niveaux alarmants, reflétant une culture persistante d’inégalités, de machisme et de naturalisation de la violence à l’égard des femmes. Bien que des dispositifs juridiques tels que la Loi Maria da Penha (Loi nº 11.340/2006) et les lois sur le féminicide (Lois nº 13.104/2015 et nº 14.994/2024) constituent des avancées significatives, les indices demeurent élevés, ce qui met en évidence la nécessité de mesures plus efficaces. Dans ce contexte, cette thèse analyse les discours d’un procureur, d’une assistante de l’accusation et de défenseurs publics lors de plaidoiries orales relatives à des affaires d’homicide intentionnel contre des femmes, en mettant l’accent sur les types d’arguments mobilisés, conformément à la Nouvelle Rhétorique, sur le plan de texte, le point de vue (PDV), la prise en charge de la responsabilité énonciative (RE), ainsi que sur l’émotion et l’empathie. Cette recherche, de nature qualitative, interprétative et à base inductive, s’inscrit dans le cadre de l’Analyse Textuelle des Discours (ATD), selon Adam (2011, 2022), articulée à la Nouvelle Rhétorique de Perelman et Olbrechts-Tyteca (1996), à la théorie de l’argumentation indirecte de Rabatel (2016b), aux théories énonciatives de Rabatel (2016a, 2021), aux théories de l’émotion proposées par Plantin (2011), Micheli (2010) et Martineau (2021), ainsi qu’aux théories de l’empathie développées par Rabatel (2013). Le corpus se compose de cinq plaidoiries orales relatives à des affaires d’homicide intentionnel contre des femmes, représentant les pôles accusation–défense. Le premier cas comprend une plaidoirie du procureur et une du défenseur public, tandis que le second cas inclut une plaidoirie du procureur, une de l’assistante de l’accusation et une du défenseur public. Toutes les plaidoiries sont disponibles sur YouTube, sur la chaîne officielle du procureur, présent dans les deux affaires. La constitution du corpus repose sur des critères précis : il s’agit exclusivement de cas d’homicide intentionnel contre des femmes (qualifiés juridiquement de féminicide ou non) ; l’accusé entretenait une relation de confiance avec la victime ; les plaidoiries sont intégralement accessibles sur YouTube ; elles donnent accès à l’ensemble de la session du Tribunal du Jury ; et les affaires ont fait l’objet d’une couverture médiatique locale. Toutes les plaidoiries ont été transcrites et normalisées conformément aux conventions du Projet de la Norme Urbaine Orale Cultivée (NURC). Les résultats montrent que l’organisation textuelle des plaidoiries suit la structure classique de la rhétorique aristotélicienne — Exorde, Narration, Confirmation et Péroraison — assurant ainsi la cohérence logique et persuasive du discours. Les interventions de l’accusation privilégient des thèses liées à la lutte contre la violence domestique et à la cruauté de l’accusé, fréquemment étayées par des arguments émotionnels et empathiques, tandis que la défense met en avant une remise en question de la posture morale du procureur, au moyen d’arguments fondés sur le doute, l’incertitude et la condition de l’accusé. En ce qui concerne le point de vue, le PDV asserté prédomine dans l’Exorde, à travers des éloges et des termes positifs visant à instaurer une relation empathique avec les jurés et les autorités ; la Narration est marquée par un PDV narré, construit par des verbes au passé qui reconstituent les faits selon la perspective de la partie représentée ; la Confirmation réactive un PDV asserté, à l’aide de modalisateurs épistémiques, de lexèmes évaluatifs et d’adverbes d’opinion ; enfin, la Péroraison se caractérise par un fort appel au pathos, notamment par l’emploi de termes émotionnels tels que « justice », « douleur » et « souffrance », surtout dans le discours de l’accusation. Quant à la responsabilité énonciative, les marques les plus récurrentes comprennent l’usage de pronoms et de verbes à la première personne, de déictiques et de modalisateurs, qui contribuent à l’ancrage du point de vue et au renforcement de l’argumentation. Enfin, l’analyse met en évidence la présence constante d’arguments émotionnels et de ressources empathiques dans les discours de l’accusation comme de la défense, sous des formes distinctes, révélant ainsi différentes stratégies persuasives dans le processus argumentatif des plaidoiries orales devant le Tribunal du Jury.